Pourquoi cette étrange taupe a un nez en forme de pieuvre qui peut sentir sous l’eau ?

Condylure étoilé 2

Le Condylure étoilé est une espèce qui a attiré l’attention des scientifiques pendant près d’un quart de siècle. Cette taupe avec le nez en étoile est sûrement l’une des plus étranges créatures au monde. Si vous tombiez nez à nez (…) avec l’un de ses membres, vous pourriez penser que sa tête a été remplacée par une petite pieuvre. Et pour un animal presque aveugle, l’espèce américaine est étonnamment rapide : le plus rapide mangeur du monde, il peut trouver et engloutir un insecte ou un ver en un quart de seconde.

Au fur et à mesure que le petit carnivore poilu traverse les sols détrempés de son domaine marécageux, il pousse sa tête en avant dans des mouvements constants. Dans le monde souterrain et donc obscur de la taupe, la vue est inutile. A la place, il capte les vibrations d’un monde grouillant de proie. Le condylure étoilé chasse en posant son nez en étoile contre le sol le plus rapidement possible. Il peut toucher 10 ou 12 endroits différents en une seule seconde. Le mouvement pourrait sembler aléatoire, mais ce n’est pas le cas. À chaque touche, 100 000 fibres nerveuses envoient des informations au cerveau de la taupe. Ce sont cinq fois plus de capteurs tactiles que dans une main humaine, tous contenu dans un nez plus petit que le bout du doigt.

Le nez du Condylure étoilé. (Kenneth Catania)nez Condylure étoilé2

Et c’est l’un des deux seuls animaux connu pour sentir sous l’eau, en soufflant des bulles d’air et en les aspirant dans son nez.

Ce ne sont là qu’un échantillon de faits incroyables concernant le Condylure étoilé, pour Ken Catania, un neurologiste de l’université Vanderbilt (États-Unis) et principal expert mondial de cette créature. Cette semaine, il présentera une recherche de trois décennies lors de la réunion annuelle de l’Experimental Biology à Chicago, qui fait partie d’un symposium sur l’anatomie la plus extrême du monde.

Catania s’est orienté dans l’étude de créatures étranges, dont les capacités augmentées révèlent quelque chose sur notre propre biologie.

Selon lui :

L’évolution a résolu beaucoup de problèmes de différentes façons. Nous pouvons en apprendre beaucoup de cette diversité.

Par exemple, étudier le nez sensible de la taupe a révélé des indices sur la façon dont le toucher fonctionne au niveau moléculaire. Le chercheur a découvert qu’un motif d’étoiles géant qui reflète le nez étrange de la taupe est imprimé directement dans l’anatomie du cerveau. Chaque fois que la taupe appuie sur son nez, elle crée une vue en forme d’étoile de son environnement et ces images se rejoignent dans son cerveau comme les pièces d’un puzzle.

C’est la seule espèce de taupe (il y en a 39)  qui vit dans des marécages. Son museau a peut-être évolué pour l’aider à éviscérer rapidement de nombreuses petites proies dans son environnement gorgé d’eau.

Catania a travaillé sur cette étude en collaboration avec Diana Bautista qui étudie la douleur et la démangeaison à l’université de Californie à Berkeley et qui a découvert des molécules dans l’étoile de la taupe qui aident à transformer une force physique, qu’il s’agisse de la caresse d’une plume ou de la piqûre d’une aiguille, en signaux électriques destinés au système nerveux.

Comme bon nombre de ces molécules se retrouvent chez les humains, un tel savoir pourrait conduire au développement de nouveaux traitements contre la douleur.

Catania a encore beaucoup de mystères à résoudre concernant cette taupe : peuvent-ils sentir de fines textures avec un seule toucher de leurs nez ? Quels sont les gènes et les molécules qui permettent à l’étoile de se développer et comment son cerveau amplifie-t-il autant les signaux tactiles provenant de son nez ? La taupe n’hiberne pas en hiver, alors, comment est-ce qu’elle garde son étoile sensible lorsqu’elle plonge dans de l’eau glacée ?

Toutes ces questions nécessitent un scientifique dédié à la bizarrerie et qui n’a pas peur de se mouiller.

Les étranges particularitées joyeusement décrites (en anglais) dans cette vidéo :

 

Sur le site de l’Experimental Biology 2017 : Stars for their Eyes: A Nose that Acts Like a Visual System.

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