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La pire des pollutions humaines a atteint les plus grandes profondeurs de nos océans

14 Fév 2017 | 0 commentaires

2016 Deepwater Exploration of the Marianas

Selon de nouvelles recherches, des “niveaux extraordinairement élevés” de polluants se sont accumulés dans les crustacés vivant dans les plus profondes fosses océaniques du monde.

Image d’entête : une cannette de bière reposant à 3 780 m de profondeur au lieu-dit Enigma Seamount dans la fosse des Mariannes (NOAA Office of Ocean Exploration and Research/ Deepwater Exploration of the Marianas).

Une étude menée par Alan Jamieson de l’Université d’Aberdeen en Écosse révèle que les concentrations de contaminants à des profondeurs de 10 000 mètres dans les fosses étaient “considérablement supérieures à celles documentées dans les régions voisines d’industrialisation lourde”.

L’équipe de Jamieson a utilisé un module de descente benthique pour placer des pièges appâtés dans la fosse des Mariannes dans le Pacifique et dans la fosse de Kermadec, près de la Nouvelle-Zélande.

(Nature Ecology & Evolution)
fosses océaniques

Les pièges ont été utilisés pour capturer trois espèces endémiques de petits crustacés qui ont ensuite été analysées pour la détection de 14 marqueurs chimiques différents.

L’Hirondellea gigas l’une des espèces d’amphipodes analysée dans cette étude et évoluant à des profondeurs comprises entre 6 000 et 11 000 mètres dans la fosse des Mariannes. (Alan Jamieson, Université de Newcastle)
Hirondellea gigas

Selon les chercheurs :

L’héritage et la portée de l’influence anthropique (humaine) sont plus clairement mis en évidence par son impact sur les habitats les plus reculés et inaccessibles sur la Terre. Les polluants organiques persistants qui sont très préjudiciables à la santé des organismes par leurs propriétés de perturbatrices endocriniennes sont particulièrement préoccupants.

Les polluants organiques persistants comprennent un large éventail de substances fabriquées à base de carbone, toutes connues pour leur capacité à rester viables dans l’environnement pendant de très longues périodes et pour leur tendance à s’accumuler dans les organismes vivants. Le premier polluant organique persistant à faire l’objet de préoccupations publiques et scientifiques fut l’insecticide DDT.

Les polluants organiques persistants que Jamieson et ses collègues recherchaient étaient les polychlorobiphényles (PCB), largement utilisés comme fluide diélectrique et les polybromodiphényléthers (PBDE) utilisés comme ignifugeants. La recherche a trouvé de multiples variétés de tous les échantillons, à travers toutes les espèces, à toutes les profondeurs dans les deux fosses.

Toujours selon les chercheurs :

Dans les Mariannes, les niveaux les plus élevés de PCB étaient 50 fois plus contaminés que les crabes des rizières alimentés par la rivière Liaohe, l’une des rivières les plus polluées de Chine. La seule région du Pacifique Nord-Ouest avec des valeurs comparables à celle de la fosse des Mariannes est la baie de Suruga (Japon), une zone hautement industrialisée où l’on constate une forte consommation de produits chimiques organochlorés.

Les scientifiques proposent comme sources potentielles de ces polluants, les débris plastiques et les restes d’animaux en décomposition provenant de la surface et consommés par les charognards d’eau profonde. Quels que soient les mécanismes exacts, ajoutent-ils, les résultats indiquent que “ces polluants sont omniprésents à travers les océans du monde et à leur pleine profondeur”.

Il est notoirement difficile d’étudier les fosses profondes ou les zones hadales en raison de la pression hydrostatique et des températures extrêmement basses. La fosse des Mariannes, par exemple, est l’endroit plus profond de la croûte terrestre avec ses 11 034 mètres de profondeur.

Selon Katherine Dafforn, biologiste à l’Université de Nouvelle-Galles-du-Sud en Australie commentant les résultats dans la revue Nature :

A plus de 6 000 mètres sous la mer, les fosses hadaliennes sont un désert éloigné, largement inexploré et largement considéré comme étant à l’abri des perturbations humaines.

Cette constatation est significative puisque ces fosses sont à de nombreux kilomètres de toute source industrielle et suggère que la livraison de ces polluants se produit sur de longues distances malgré la règlementation depuis les années 1970.

L’étude publiée dans Nature Ecology and Evolution : Bioaccumulation of persistent organic pollutants in the deepest ocean fauna.

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