Un ver plat parti dans l’espace avec une seule tête en avait deux une fois revenu sur Terre

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Cela fait des décennies que des chercheurs envoient des animaux dans l’espace, de toutes les espèces, des chiens aux singes en passant par des scorpions et des méduses… Récemment, un vert plat envoyé dans l’espace est revenu sur Terre avec quelque chose qui n’a jamais été vu : une tête supplémentaire.

La créature, maintenant bicrânienne, est un ver plat de l’espèce Dugesia japonica, l’un des 15 qui est resté exposés au vide de l’espace au-dessus de la Station spatiale internationale pendant cinq semaines. Des chercheurs de l’université Tufts ont coupé les vers plats en deux avant qu’il ne soit lancé dans l’espace pour étudier leurs capacités uniques de régénération.

Images tirées de l’étude, en entête, le vert plat à deux têtes revenu de l’espace. Ci-dessous, préparation au lancement des vers plats. Les échantillons de vers ont été placés à l’intérieur d’un container réfrigéré (A, B, C, E). (D) L’amputation manuelle du ver au Kennedy Space Center avant le lancement. (G) le module Dragon SpX-5 de SpaceX au sommet de la fusée Falcon 9 à Cape Canaveral. (H) Départ le 10 janvier 2015. (I) Le module Dragon en orbite avant son accostage avec l’ISS le 12 janvier 2015. (Junji Morokuma et col./ Micro Q Technologies/ SpaceX/ Regeneration)
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La séparation d’un vers plat produit habituellement deux vers plats identiques, mais quelque chose semble s’être mal passé pour cet individu, qui est revenu avec une autre tête là où sa queue aurait dû être.

Ce comportement a déjà été observé avant dans l’espèce, mais il est extrêmement rare, les chercheurs précisent qu’ils ne l’ont jamais vu auparavant, même après 18 ans de travail avec une colonie qui contient maintenant plus de 15 000 vers plats. Encore plus intrigant, le vert plat mutant a continué à faire des copies à deux têtes de lui-même alors qu’il se divisait, indiquant qu’il ne s’agissait pas que d’une simple mutation, mais d’un véritable changement des caractéristiques physiologiques des invertébrés.

Ce vert plat à deux têtes n’est pas celui qui a été envoyé dans l’espace et n’appartient pas à l’étude décrite ici, mais il y ressemble comme deux gouttes d’eau. Il s’est régénéré (avec deux têtes) à partir d’un fragment (coupé) de son tronc exposé à du praziquantel. (Taisaku Nogi et col./ Plos)

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Les 14 autres vers plats qui ont subi les contraintes particulières de l’espace extra-atmosphérique ont aussi connu d’importants changements, bien qu’aucun ne soit aussi visible. Les chercheurs les ont observés pendant 20 mois après leur retour et ils ont constaté des changements dans leur comportement lorsqu’ils étaient exposés à la lumière et dans la teneur de leurs microbiomes par rapport aux vers à plat de contrôle restés sur Terre.

Dans une étude publiée cette semaine, les chercheurs proposent que l’absence de champs gravitationnels et magnétiques dans l’espace puisse être à l’origine de la transformation. Une précédente recherche sur les vers plats a indiqué que le champ magnétique de la Terre influence la croissance de la structure basique de leurs cellules et la microgravité à bord de l’ISS pourrait affecter bon nombre de choses, de l’expression des gènes à la façon dont les canaux ioniques dans leur corps communiquent. Ces effets s’étendent probablement au-delà des vers plats, ce qui pourrait être très informatif pour les futures missions humaines.

Nous savons déjà que les astronautes subissent des changements physiques importants dans l’espace : l’atrophie des os et des muscles, la vision peut faiblir, le sang se fluidifie et le sens du goût diminue. Les problèmes sur le long terme pourraient inclure une altération de la vision, des maladies cardiaques et plus, bien qu’il soit encore nécessaire de les étudier davantage. Les tests continus de l’astronaute Scott Kelly, qui a passé près d’un an dans l’espace et de son frère jumeau qui est resté sur terre, pourraient révéler d’autres effets, sur le long terme, induits par les déplacements dans l’espace.

Les chercheurs espèrent que l’expérience des vers plats ne soit que la première d’autres projets de recherche similaires. Comme ils ne pouvaient pas contrôler toutes les variables, telles que les différences de température pendant le vol et les contraintes de décollage et d’atterrissage, ils prévoient de mener d’autres expériences pour déterminer les mécanismes exacts qui affectent la physiologie des vers plats dans l’espace. En outre, leur ver à deux têtes ne représente qu’un seul échantillon. Pour vraiment valider scientifiquement leurs conclusions, ils devront reproduire leurs résultats.

L’étude publiée dans la revue Regeneration : Planarian regeneration in space: Persistent anatomical,behavioral, and bacteriological changes induced by space travel.

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