Un très étrange ver marin géant qui marche au gaz toxique

Kuphus polythalamia2

Pendant des siècles, une créature visqueuse en forme de ver noir de la taille d’une batte de baseball a échappé aux scientifiques. Ils avaient examiné sa coquille externe, mais n’ont jamais jeté un œil sur le physique d’alien caché à l’intérieur, au moins jusqu’à maintenant.

Des chercheurs ont finalement eu l’occasion d’étudier un spécimen vivant du ver marin Kuphus polythalamia qui, en fait, n’est pas un ver, mais un bivalve de la famille des tarets, une sorte de mollusque aquatique totalement enfermé dans sa coquille.

Pour le microbiologiste marin Margo Haygood, de l’université de l’Utah :

C’est la licorne des mollusques. C’est assez lourd. C’est comme ramasser une branche d’arbre ou quelque chose de plus lourd. L’animal vivant est tout simplement magnifique.

Tirée de la vidéo plus bas, Haygood sortant de sa “coquille” un Kuphus polythalamia.
K polythalamia

Haygood et son équipe ont fait connaissance avec le premier spécimen de Kuphus polythalamia dans un documentaire télévisé philippin, qui présentait de nombreuses coquilles du ver marin qui émergeaient d’un lagon peu profond, comme d’étranges carottes plantées dans la boue.

L’animal, d’environ 90 centimètres de long, vit à l’envers dans sa coquille, dont la majeure partie est enfouie dans la boue dans les baies peu profondes aux Philippines.

Sa tête et sa bouche sont situées à la base de la coquille, au fond de la boue, et s’il n’y avait pas la pointe de la coquille pour indiquer où ces mollusques sont enfouis, le Kuphus polythalamia aurait pu échapper aux scientifiques pendant encore quelques siècles.

Selon Daniel Distel, de l’université Northeastern :

J’ai étudié les vers marins depuis 1989 et je n’avais jamais vu un spécimen vivant de Kuphus polythalamia.

C’était assez spectaculaire de sortir ce tube de son réceptacle pour la première fois. De voir ce spécimen noir fut incroyable. D’une part, j’étais très excité de voir à quoi il ressemblait. D’autre part, il était intimidant de disséquer ce spécimen incroyablement rare.

Les autres vers marins (taret) sont de couleur claire comme les palourdes, en étant blanc, beige ou rose. Mais ce ver marin géant est comme un alien sombre et lisse et son autre différence est la façon dont il reste en vie.

Contrairement à d’autres espèces de tarets, qui se creusent une galerie et se nourrissent du  du bois qui tombe dans l’eau, le K. polythalamia vit du gaz sulfuré d’hydrogène produit par la boue dans laquelle il loge.

Ce n’est qu’une hypothèse pour le moment, mais l’équipe pense qu’il pourrait avoir consommé du bois comme ses cousins, avant d’évoluer pour vivre des composés soufrés dans le gaz. Pour ce faire, des bactéries qui vivent dans les branchies de l’animal utilisent le sulfure d’hydrogène pour produire du carbone organique qui alimente le ver.

Images tirées de l’étude : (A) spécimen de K. polythalamia, retiré de son tube calcaire présenté dans l’image (B). (C) représentation de l’anatomie et la position de vie du K.Polythalamie dans les sédiments, et (D) comparaison avec l’anatomie et la position du ver marin (taret) mangeur de bois Lyrodus pedicellatus. (Daniel L. Distel et col./ PNAS)
Kuphus polythalamia

K polythalamia3

Cette relation symbiotique est suffisante pour le maintenir vivant, mais la pratique a laissé les organes digestifs de la créature sans fonction.

Ce mécanisme de survie, la même tactique employée par les vers tubicoles géants qui vivent profondément sous l’eau près des évents hydrothermaux, explique comment le K. polythalamia parvient à manger, étant donné que la coquille qu’il sécrète couvre toute sa tête (et sa bouche).

Selon Distel :

S’ils veulent se développer, ils doivent ouvrir l’extrémité de leur tube, en dissolvant ou en réabsorbant ce bouchon sur le fond, grandissent, étendent le tube plus loin dans la boue, puis ils le scellent.

Il est important de noter que le K. polythalamia s’associe à des bactéries différentes de celles du taret commun, ce qui peut expliquer comment cette créature a évolué en mangeant du bois pour prospérer à l’aide de gaz nocifs dans la boue.

Bien qu’il y ait encore beaucoup de choses à connaître de cette créature captivante (pour les biologistes), maintenant que nous savons où les trouver, il est probable que nous en découvrirons beaucoup plus sur leur mode de vie.

L’étude publiée dans The Proceedings of the National Academy of Sciences : Discovery of chemoautotrophic symbiosis in the giant shipworm Kuphus polythalamia (Bivalvia: Teredinidae) extends wooden-steps theory.

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