Ce petit poisson utilise le venin opioïde sur ses crocs pour droguer ses prédateurs

fangblenny

Des scientifiques ont découvert un venin atypique dans de petits poissons tropicaux connus sous le nom de Blennies aux dents de sabre. Contrairement à la plupart des créatures venimeuses, les blennies n’utilisent pas ce venin pour capturer des proies, ils l’utilisent pour échapper à leurs prédateurs en les droguant.

Ces poissons aux couleurs vives ont un certain succès dans les aquariums domestiques, mais il s’avère qu’ils abritent un fascinant secret évolutif dans leurs crocs relativement grands.

(Anthony O’Toole)Blennies à crocs 1
Micro-tomodensitométrie d’une blennie (Casewell et col.)
Blenny

Comme elles ne sont pas grandes, les blennies sont constamment menacées par tout prédateur qui peut les avaler. Mais s’ils se retrouvent dans leur bouche, ils peuvent y enfoncer leurs puissantes canines inférieures pour affaiblir la mâchoire du prédateur et en profiter pour se faire la belle.

Ce comportement a d’abord été décrit il y a plus de 40 ans par le zoologue George Losey, qui a également testé le venin de ces blennies sur certaines souris et lui-même. Mais jusqu’à maintenant, personne n’était sûr de savoir comment le venin fonctionnait réellement.

Selon Losey, dans son article de 1972 :

La toxicité de la morsure du Meiacanthus atrodorsalis a été analysée sur deux souris de laboratoire blanches et ma main. Des observations ultérieures ont été fournies par inadvertance par des piqûres dans la zone plus tendue de ma hanche.

Maintenant, une équipe internationale de biologistes a finalement découvert quels composés sont trouvés dans le venin de blennies du genre Meiacanthus, injectés dans la peau de Losey dans les années 70.

Typiquement, vous vous attendez à ce que la morsure d’un poisson venimeux engendre de pénibles douleurs. Il y a au moins 2 500 poissons venimeux dans la nature et tous délivrent leur venin à travers des épines sur leurs nageoires, leurs queues ou leurs dos qui peuvent vous laisser agoniser pendant des jours. Mais le venin de la blennie aux dents de sabre est totalement différent. Ce n’est que l’une des deux espèces de poissons qui injectent du venin par morsure, comme un serpent (l’autre espèce est une anguille encore peu connue des chercheurs). Et, non seulement le venin ne cause pas de douleur, mais il contient des hormones opioïdes que nous considérons habituellement comme des analgésiques.

Selon l’un des chercheurs à l’origine de cette découverte, Brian Fry de l’université du Queensland en Australie :

Son venin est chimiquement unique. Le poisson injecte dans d’autres poissons des peptides opioïdes qui agissent comme de l’héroïne ou de la morphine, inhibant la douleur plutôt que de la causer.

Mais cela ne signifie pas que le venin de la Blennie agit comme un analgésique sur le prédateur :

Ces substances doivent être libérées dans le cerveau pour avoir ce type d’activité. Il est peu probable qu’ils soulagent la douleur lors d’une morsure par un poisson parce qu’ils ne peuvent pas entrer dans le cerveau de cette façon.

A la place, les chercheurs pensent que le venin agit sur la pression artérielle du prédateur, ce qui l’affaiblit et l’étourdit, laissant ainsi s’échapper la blennie.

Avec l’analyse du venin, l’équipe a également étudié d’autres mécanismes utilisés par ces poissons pour se protéger, comme le mimétisme. Les blennies représentent un très grand groupe de poissons et même parmi ceux qui ont des crocs, la plupart n’ont pas développé de glandes à venin. L’équipe a découvert que de nombreux types de poissons inoffensifs des récifs coralliens, y compris les blennies non venimeuses de Virginie, profitent de cet exploit évolutif. Ils copient les modèles de couleurs et le style de nage des blennies venimeuses pour éviter d’être consommés.

Le Plagiotremus townsendi imite la robe et le mouvement de la blennie aux dents de sabre (Anthony O’Toole)Plagiotremus townsendi

La recherche sur les venins est un domaine passionnant qui permet aux scientifiques de découvrir de nouveaux composés pour une potentielle utilisation en médecine, en tant qu’alternatives aux analgésiques actuels. Les serpents, les scorpions et les araignées sont les créatures habituelles pour ce type de recherche, mais avec autant de poissons venimeux, nous pourrions certainement trouver des composés chimiques bien utiles pour nous aussi.

L’étude publiée dans Current Biology : The Evolution of Fangs, Venom, and Mimicry Systems in Blenny Fishes

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