L’Hibernatus tardigrade qui se réveilla après 30 ans de congélation à -20°C

Tardigrades 2016

Les Tardigrades, ces microscopiques et indestructibles créatures capables de résister au froid extrême, à la déshydratation totale, au rayonnement et même au vide de l’espace peuvent apparemment être ravivés après avoir passé 30 années congelés. C’est ce que révèle une récente expérience menée par des scientifiques japonais.

Les tardigrades, encore surnommés “oursons d’eau”, sont de minuscules extrêmophiles vivant dans l’eau qui sont capables de résister à certaines des pires conditions environnementales. Récemment, nous apprenions que le secret de leur invincibilité résidait en grande partie dans leur génome dont près de 18% est composé de l’ADN d’autres organismes, comme de plantes, de champignons, bactéries et virus.

Avant la nouvelle étude menée par des cryobiologistes de l’Institut national de recherche polaire (NIPR) à Tokyo, le record du monde pour “relancer” un tardigrade congelé était de neuf ans. Les échantillons ont été initialement collectés à la station de Showa en Antarctique en novembre 1983. Les chercheurs devaient récupérer de la mousse, qui s’est révélé contenir deux tardigrades (Acutuncus antarcticus) et un œuf. Les tardigrades congelés, avec l’échantillon de mousse, ont été ramenés au Japon où ils ont été stockés pendant 30 ans et six mois à une température de -20 °C.

Une fois congelés, les tardigrades entrent dans un état appelé cryptobiose, dans lequel leurs activités métaboliques sont interrompues pour une longue période. Durant cet état, l’organisme ne montre aucun signe visible de vie. Les scientifiques ont documenté plusieurs stratégies différentes de cryptobiose chez les animaux : la dessiccation (sècheresse extrême), la pression osmotique (qui permet aux organismes de tolérer les décalages de variations dans l’environnement, comme la salinité), le manque d’oxygène en ralentissant ou en stoppant la respiration et en ralentissant les processus métaboliques, et bien sûr, la congélation. Les Tardigrades emploient toutes ces méthodes.

En mars 2014, les chercheurs ont commencé le processus de décongélation. Ils ont réussi à relancer l’œuf et l’un des deux tardigrades congelés, baptisé  SB-1. Sans surprise, le Tardigrade a pris son temps pour revenir à la vie selon les chercheurs :

SB-1 a d’abord montré un léger mouvement dans sa 4e paire de pattes le premier jour après sa réhydratation. Au 5e jour, il remuait son corps et ses 1re et 2e paires de pattes, mais les mouvements restaient lents. Après avoir commencé à tenter de se lever au 6e jour, SB-1 a commencé à ramper lentement au 9e jour de développement sur la surface de gélose, il a commencé à manger la nourriture fournie, des algues, le 13e jour.

Donc, il a fallu presque deux semaines pour que SB-1 commence à bouger et à manger normalement. Les créatures ravivées ont même réussi à pondre au 22e jour 19 œufs, dont 14 ont éclos. Aucune anomalie n’a été détectée dans la progéniture.

Comme pour le GIF d’entête, images tirées de l’étude présentant l’un des descendants de la lignée SB1 avec l’estomac rempli d’algues (National Institute of Polar Research (NIPR))
OLYMPUS DIGITAL CAMERA

La longue récupération de SB-1 suggère que ces animaux ont besoin d’un certain temps pour réparer les dégâts qui se sont accumulés pendant la cryptobiose. Les chercheurs espèrent maintenant en découvrir plus sur les mécanismes et les conditions permettant la préservation sur le long terme et la survie des animaux.

Aussi remarquable que soit cette période de 30 années congelée, ce n’est pas le record pour un animal terrestre. Ce dernier appartient à un ver nématode qui parasite des plantes, le Tylenchus polyhypnu, qui a survécu à 39 années de congélation.

En étudiant ces animaux, les scientifiques peuvent en apprendre davantage sur les extrêmophiles et comment ils sont capables de survivre aux pires conditions extérieures. Cela intéresse les astrobiologistes, qui spéculent sur la vie sur d’autres planètes ou lunes; la médecine, qui pourrait en profiter dans la création de nouvelles thérapies et techniques chirurgicales; les astronautes, pour de longs voyages dans l’espace ou dans la pratique de la cryogénisation, ces personnes congelés une fois décédées qui espère un éventuel retour à la vie.

L’étude publiée dans la revue Cryobiology : Recovery and reproduction of an Antarctic tardigrade retrieved from a moss sample frozen for over 30 years.

Tags: , , ,

Pas encore de commentaire.

Laisser une réponse