Ce coléoptère imite le son de la reine des fourmis pour être traité en tant que telle

Pheidole pallidula vs Paussus favieri

Andrea Di Giulio de l’université Roma Tre (Italie) et son équipe posent remarquablement bien la scène dans leur nouvelle étude :

La fourmilière est une forteresse très surveillée, presque impénétrable et riche en abondantes ressources. Les intrus qui tentent d’infiltrer la société des fourmis sont immédiatement découverts par l’intermédiaire de signaux chimiques, ils sont tués et boutés hors du royaume. Rien n’y échappe, sauf pour les quelques spécimens hautement spécialisés, qui ont évolué les composés chimiques nécessaires, la morphologie et le comportement adéquat afin de pirater le complexe système de reconnaissance et de communication des fourmis. Voler sous le radar des fourmis représente un avantage énorme qui, non seulement accorde le libre accès à la générosité de la colonie, y compris aux fourmis elles-mêmes, mais fournit également un endroit sûr et bien protégé pour se développer et vivre.

L’objectif du document de recherche visait un groupe de coléoptères myrmécophiles (qui squattent et profitent de la fourmilière), des Paussinae qui réussissent à infiltrer les fourmilières et à parasiter les fourmis sans susciter aucunes représailles.

Il y a plus de 800 espèces de Paussinae et bien que la quasi-totalité d’entre elles ne ressemble pas beaucoup aux fourmis, elles ont toutes réussi à vivre leur vie dans les fourmilières, se nourrissant des larves, des œufs de fourmis et même d’adultes en perçant l’abdomen de leurs victimes sans méfiance, avec leurs mandibules, pour sucer leurs nutritives entrailles. On pourrait penser que de telles actions susciteraient la rage des légitimes occupantes, mais les sournois coléoptères ont évolué deux traits intelligents qui leur permettent d’échapper à la détection.

Tout d’abord, ils sécrètent des substances chimiques qui imitent celles produites par les fourmis, leur permettant de se fondre parmi elles. Deuxièmement, comme Di Giulio et son équipe viennent de le découvrir, les coléoptères produisent des signaux acoustiques distincts via des organes sur leurs corps qui imitent (stridulations) les signaux des ouvrières, des soldats et même de la reine !

Selon les chercheurs :

L’utilisation de systèmes de communication très sophistiqués est l’attribut clé qui permet aux fourmis d’agir comme un superorganisme, facilitant ainsi leur domination des écosystèmes terrestres.

En piratant ces réseaux, les coléoptères des fourmilières sont capables d’obtenir un contrôle total sur leurs hôtes involontaires.

Pour découvrir la supercherie employée, les chercheurs ont placé des fourmis et des coléoptères (Paussus favieri) dans de minuscules chambres acoustiques avec des microphones ultra-sensibles et ils ont enregistré les signaux acoustiques distincts qu’ils ont émis. Ils ont constaté que les coléoptères produisent au moins trois signaux différents, correspondant à ceux produits par chacune des différentes castes de fourmis : ouvrières, soldat et la reine. Les chercheurs ont ensuite diffusé des signaux distincts de fourmis, du bruit blanc, le silence et les sons du Paussus favieri enregistrée pour chaque petit groupe de fourmis dans les chambres fermées et ils ont observé leurs comportements. Alors que les sons de contrôle (le bruit blanc et le silence) ont suscité quelques réactions, les sons du Paussus favieri lors de l’anténnation (contact avec les antennes) surviennent à des taux similaires ou même plus élevés que les enregistrements de fourmis. L’anténnation est largement considérée comme un comportement amical de bienvenue, semblable à une poignée de main.

Image d’entête et la suite ci-dessous à partir de l’étude : morphologie comparée des organes stridulatoires de la fourmi pallidula Pheidole (a) et du coléoptère Paussus favieri (b). Cette figure montre des similitudes évidentes entre les deux structures. A1: ouvrière  P. pallidula (photo M. Muzzi), la flèche indique la position de l’organe stridulatoire. A2-A5: micrographies MEB de l’organe stridulatoire de la P. pallidula.
Pheidole pallidula vs Paussus favieri2

Ce qui est encore plus fascinant, c’est que les sons des coléoptères Paussus favieri et les sons de la reine étaient les seuls signaux à induire un comportement de garde et les chercheurs de préciser :

Une posture similaire à celle adoptée lorsque les fourmis assistent une reine ou des objets d’une grande valeur pour leur société», écrivent les chercheurs.

Nos données suggèrent que, en imitant les stridulations (sons) de la reine, le Paussus est capable de duper les ouvrières de son hôte et d’être traités comme des rois.

L’étude publiée dans Plos One :The Pied Piper: A Parasitic Beetle’s Melodies Modulate Ant Behaviours.

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