Grenouille nécrophile : parfois, pour donner la vie, il faut presser la mort(e)

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Il a été découvert qu’une espèce de grenouille exploite une “stratégie de nécrophilie fonctionnelle” par laquelle les mâles extraient les oeufs de femelles mortes pour les fertiliser.

La petite grenouille amazonienne, Rhinella proboscidea, appartient à une espèce qui se livre à une reproduction dite “explosive”, c’est-à-dire qu’elles font face à une concurrence effrénée pour des compagnes qui se produit lorsque de grands groupes d’animaux se rassemblent pendant quelques jours. Dans ce cas, cela signifie que plusieurs centaines de mâles se rassemblent dans de petits bassins des cours d’eau ou des eaux d’amont pour deux ou trois jours. Lorsque cela se produit, il y a une lutte sans merci pour la procréation, où de nombreux mâles s’épuisent à se battre avec d’autres mâles pour les femelles réceptives. Pendant ce temps, des femelles peuvent parfois se retrouver involontairement écrasées ou noyées.

Dans ces circonstances, certaines grenouilles rusées, qui cherchent un moyen moins épuisant de se reproduire, se tournent vers une “stratégie de nécrophilie fonctionnelle". Des chercheurs de l’Universidade Federal do Amazonas (Brésil) ont observé des mâles proboscideas rhinella extraire des œufs (ovocytes) de femelles en "pressant les côtés de leur ventre avec des mouvements rythmiques de leurs membres avants et arrières", puis les fécondent.

Ci-dessous, comme pour l’image d’entête (tirée de l’étude), mâle Rhinella proboscidea comprimant l’abdomen d’une femelle morte, ce qui provoque l’expulsion de ses ovocytes.

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Les observations, des pratiques de reproduction de l’espèce, ont été réalisées sur cinq ans, dans des étangs sur une zone de 64 km carrés. Les femelles mortes ont été collectées et disséquées pour vérifier la présence d’œufs. L’équipe a également observé le développement des œufs extraits et fécondés par les mâles des femelles mortes.

Un jour, un mâle a été observé en train de pousser une femelle morte autour de l’étang, apparemment pour éviter d’autres mâles.

Ce système offre un avantage évolutif, car il y a une dizaine de mâles pour une femelle et la probabilité pour un mâle donné de trouver et de s’accoupler avec une autre femelle, une fois que la première femelle est morte, est très faible et, selon l’étude :

Il est donc avantageux pour le mâle de profiter des ovocytes de femelles mortes.

Ce n’est pas la première fois que la nécrophilie a été observée chez des animaux, mais les auteurs estiment qu’il est le premier cas où la nécrophilie n’est pas une “erreur de comportement”, mais apporte plutôt un “gain direct de remise en forme, générant des descendants".

L’étude publiée et librement consultable sur Journal of Natural History : Functional necrophilia: a profitable anuran reproductive strategy ?

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