Synesthésie : et si l’on pouvait apprendre à donner de la couleur aux mots.

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Connaissez-vous quelqu’un qui éprouve la synesthésie ? Aussi connu comme "synesthètes", ce sont des personnes dont les voies cognitives se sont entremêlées, tels qu’elles associent des sens apparemment sans rapport ou des états mentaux avec d’autres sens ou expériences, mettre des couleurs aux sons, par exemple, ou donner un gout aux sons…

Sur le même sujet : Pourquoi l’évolution a t’elle permis à certaines personnes de gouter les mots ?

Les scientifiques ne sont toujours pas sûr de ce qui donne lieu à ce phénomène étrange et ses diverses formes, mais cette nouvelle recherche suggère que les personnes qui éprouvent la synesthésie “graphèmes-couleurs” (l’une des formes les plus courantes, dans laquelle des lettres et des chiffres sont associés à des couleurs spécifiques), peuvent remercier le constructeur de jouet Fischer Price pour leurs expériences d’enchevêtrement sensorielles.

Des chercheurs de l’Université de Stanford, Nathan Witthoft et Jonathan Winawer, ont découvert, par le bouche-à-oreille et par des synesthètes contactés en ligne, qu’un groupe de personnes partagent un ensemble d’associations de lettres à des couleurs "étonnamment similaires". Sur les onze sujets, dix se sont rappelés avoir eu en leur possession (ou encore maintenant) un ensemble particulier d’alphabets aimants pour réfrigérateur qui a été fabriqué dans les années 1970 et 1980 (Ci-dessous).

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La colonne de gauche (appelé “set”) dans l’image ci-contre, tirée de l’étude, montre les vrais couleurs de ce jouet. Les couleurs que les onze sujets ont associés avec l’alphabet sont répertoriés de S1 à S11, pour la façon dont elles correspondent aux lettres magnétiques.

Le sujet S1 a acquis mentalement une réplique parfaite des lettres Fisher-Price, comme le rapporte les psychologues Nathan Witthoft et Jonathan Winawer dans leur étude (lien plus bas). Les autres avaient quelques différences, mais étaient assez proches des couleurs du jouet, cela ne pouvait pas être une coïncidence.

Les résultats viennent s’ajouter à un ensemble croissant de preuves que cette association lettre / couleur et d’autres formes de synesthésie peuvent être apprises, ou nourries psychologiquement par des influences culturelles extérieures.

Certains chercheurs en synesthésie le soupçonnaient depuis longtemps, même si beaucoup sont restés sceptiques et selon Witthoft et Winawer :

La première objection, c’est que la synesthésie concerne la perception plutôt que la mémoire. La seconde est que l’apprentissage ne suffit pas à expliquer pourquoi seulement certaines personnes deviennent synesthètes. Enfin, on peut objecter que la plupart de ces amalgames synesthésiques ne sont pas appris.

Dans la section “discussion” de leur document de recherche, Witthoft et Winawer décrivent de façon convaincante et lucide le rôle de l’apprentissage et de la mémoire dans la synesthésie.

L’étude consultable gratuitement sur la revue Psychological Science : Learning, Memory, and Synesthesia.

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3 Réponses à “Synesthésie : et si l’on pouvait apprendre à donner de la couleur aux mots.”

  1. Leeloo
    30 janvier 2013 at 22 h 16 min #

    On peut aussi reprendre la question a l’envers:
    Pourquoi ne pas plutôt se pencher sur le fait qu’en effet chaque note émet une couleur, et chaque couleur un son?
    Et que ces personnes sont beaucoup plus sensibles que la moyenne et utilisent un autre sens que les sens utilisés habituellement ?
    Enfin, je dis ça je dis rien….

  2. pauvre enfant
    17 mars 2014 at 18 h 41 min #

    La synesthésie est plus courante que ce qu’on croit, elle est utile en peinture d’art notamment pour choisir les teintes et la saturation, simplement parce que la perception des couleurs n’est pas très fonctionnel chez l’homme, il y a un phénomène d’accoutumance qui atténue la perception instantanée. Donc pour bien penser la couleur, il est nécessaire de recourir à la synesthésie, Kandinsky utilisait la musique, mais je ne le considère pas aussi doué que Klee et Van Gogh dans le choix de ses couleurs, quand je perçois sa peinture. Pour ma part j’utilise le gout pour les teintes et la peau des joues pour déterminer la saturation.

    La culture façonne aussi une perception synesthésique, le meilleur exemple est le sens du bien et du mal qui est normalement du domaine olfactif qui catégorise aussi en bon ou mauvais ( il y a d’autre subtilité dans la perception des odeurs, mais comme dans toutes les perceptions, il y a plusieurs registre d’information ). Donc à ce sujet, je propose, avec humour, que le mouvement hygiéniste en inventant le microbe, a créer une synesthésie de la vue qui permet d’offrir un jugement manichéen sur la réalité à certaine personne contaminée par leur propre culture. Un espace net, blanc et lumineux est pour ces personnes rassurant, tandis que la vue d’une tache de couleur est pour devient stressant.

  3. l
    19 avril 2017 at 23 h 08 min #

    En ce qui me concerne, je crois que je suis synesthète spacio temportel et numérique.

    Je n’ai appris que récemment ce qu’était la synesthésie, c’est très bizarre parce qu’avant cela, je pensais que tout le monde voyait les jours de la semaine, les mois, les années, les nombres, avec une représentation mentale visuelle.

    Bon ça ne change pas ma vie, mais je crois étrangement,avoir une capacité à mémoriser par coeur des nombres/chiffres de façon préciser, et d’avoir la capacité d’apprendre mes cours par coeur sans efforts.

    C’est assez drôle d’avoir cette bizarrerie ^^

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