Automédication extrême : l’histoire du chirurgien qui dû s’extraire son propre appendice

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Une petite histoire de médecine pour rappeler que l’homme peut accomplir certaines prouesses physiques assez étonnantes quand sa vie en dépend. L’histoire de ce chirurgien russe me fait d’ailleurs penser à la mésaventure reprise par le cinéma récemment (127 heures), de ce jeune homme (Aron Ralston) qui dû se couper la main pour se libérer de l’emprise de la roche.

En 1961, Leonid Rogozov était stationné dans une base russe nouvellement construite en Antarctique. Les 12 hommes à l’intérieur étaient coupés du monde extérieur, par l’hiver polaire. appendiciteEn avril, âgé de 27 ans, Rogozov a commencé à se sentir malade, très malade. Ses symptômes étaient classiques : il avait une appendicite aigüe.

Il savait que s’il voulait survivre, il devait subir une opération, mais le problème c’est qu’aucun moyen de transport ne pouvait atteindre cette nouvelle base au cœur de l’antarctique, en raison des tempêtes de neige. Et il y avait un autre problème, il était le seul médecin sur la base. La douleur était intolérable et il savait qu’elle ne ferait qu’empirer.

Il a écrit ses pensées dans son journal :

Je n’ai pas dormi de toute la nuit dernière. Ça fait mal comme le diable ! Une tempête de neige transperçant mon âme, des gémissements, comme une centaine de chacals. Toujours pas de symptômes évidents que la perforation est imminente, mais un pressentiment m’oppresse… Ça y est… Je dois penser que la seule issue possible est de m’opérer moi-même… c’est presque impossible… mais je ne peux pas me croiser les bras et abandonner.

Rogozov a travaillé sur son appendicite pendant une heure et 45 minutes. Les hommes qu’il avait choisis comme assistants ont regardé comment, avec calme et concentration, le médecin a complété l’opération. Quelques secondes d’opération pour 5 minutes de repos, car il avait à lutter contre ses vertiges et ses faiblesses.

Il a retranscrit l’opération dans son journal :

J’ai travaillé sans gants. Il était difficile de voir. Le miroir peut aider, mais il gène également , après tout, c’est présenté les choses à l’envers. Je travaille principalement par le toucher. Le saignement est assez important, mais je prends mon temps, j’essaye de travailler surement. En ouvrant le péritoine, je me suis blessé l’intestin et j’ai dû le recoudre. Soudain, je pris conscience qu’il y a plus de blessures et que je ne les avais pas remarqués… Je suis de plus en plus faible, ma tête commence à tourner. Toutes les 4-5 minutes, je me repose pendant 20-25 secondes.

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Enfin, le voici, le maudit appendice ! Avec horreur je vois la tache sombre à sa base. Cela signifie qu’il aurait fallu un jour de plus pour qu’il éclate et…
Au pire moment de l’ablation de l’appendice, je m’aperçois que mon cœur se bloque et ralentit sensiblement; mes mains sont comme du caoutchouc. Eh bien, je pense que ça va mal finir. Et tout ce qui restait, était l’ablation de l’appendice… Et puis, j’ai réalisé que, au fond, j’étais déjà sauvé.

Deux semaines plus tard, il était de retour à son travail. Il mourut à l’âge de 66 ans à Saint-Pétersbourg en 2000.

L’histoire est parue sur le British medicine journal : Auto-appendectomy in the Antarctic: case report.

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